Pour décorer une villa Belle Époque sans l'alourdir, gardez ce qui fait son caractère, les moulures, le parquet, la cheminée en marbre et les carreaux de ciment, puis allégez tout le reste : des murs clairs, moins de tissus épais, un mobilier simple et le plus de lumière possible. Une maison de cette époque a déjà de beaux volumes. Le travail de décoration consiste rarement à en ajouter. Il consiste presque toujours à enlever, à calmer, à laisser respirer.
Sur les hauteurs de Cannes, dans le quartier de La Californie, ces villas de la fin du XIXe siècle regardent la mer derrière des persiennes hautes. À dix heures du matin, la lumière entre par les grandes fenêtres et bute sur des murs souvent trop sombres, des rideaux trop lourds, des meubles trop nombreux. La pièce a tout pour être belle et reste pourtant pesante. À l'atelier, c'est le cas que nous voyons le plus souvent quand un propriétaire veut redonner du souffle à une demeure de cette période.
Ce qui fait l'ossature d'une villa Belle Époque
Avant de décider quoi changer, il faut nommer ce qui mérite de rester. La Belle Époque, sur la Côte d'Azur, va du milieu du XIXe siècle à la Première Guerre mondiale. C'est une architecture qui aime le décor : façades en stuc, frises, balcons en ferronnerie, parfois une coupole ou un fronton. À l'intérieur, on retrouve presque toujours les mêmes éléments. De hauts plafonds, souvent à quatre mètres. Des moulures et des rosaces en plâtre. Un parquet posé en point de Hongrie ou en bâtons rompus. Une cheminée en marbre par pièce de réception. Des carreaux de ciment dans l'entrée et les pièces d'eau. Un escalier en bois ou en pierre avec une rampe travaillée.
Ces éléments sont l'ossature de la maison. Ils ont été faits à la main, avec des matériaux qu'on ne retrouve plus au même prix. Les remplacer coûte cher et fait perdre à la villa une partie de sa valeur. Les restaurer coûte moins et garde le cachet intact. Notre premier conseil tient en une phrase : on ne touche pas à l'ossature, on la met en valeur.
Alléger sans trahir : les murs et la couleur
Le plus grand changement passe par les murs. Beaucoup de ces villas ont été repeintes au fil des décennies dans des tons chauds et appuyés, bordeaux, vert bouteille, ocre foncé. Ces couleurs avalent la lumière et écrasent les volumes. Une fois les murs passés dans un blanc cassé, un lin pâle ou un gris très doux, la pièce change d'échelle. Les moulures ressortent, le plafond paraît plus haut, et la lumière de la Côte fait le reste.
Nous aimons garder une nuance entre le mur et la moulure. Un blanc légèrement plus clair sur les corniches et les rosaces souligne le relief sans le surligner. Quand un propriétaire veut un peu de couleur, nous la gardons pour une seule pièce, souvent un bureau ou une chambre, dans un ton sourd qui dialogue avec le marbre de la cheminée. Le bleu passé, le vert de gris, le rose plâtre vieillissent bien dans ces maisons et tiennent face à la lumière du Sud.





