Ce que l'entrée raconte avant toutes les autres pièces

Personne ne s'assoit jamais dans une entrée. C'est pourtant elle qui donne le premier signal, celui que vos invités enregistrent en trois secondes sans même y penser. Une entrée saturée annonce une maison saturée, même quand le salon derrière est parfaitement tenu. Une entrée calme prépare l'oeil à tout le reste.

À Antibes, la difficulté tient rarement au goût. Elle tient au volume. Dans le vieil Antibes et sur les hauteurs de la Constance, les entrées sont étroites, parfois traversantes, souvent sans fenêtre. Dans les villas des années soixante-dix vers le Cap, c'est l'inverse : un grand sas vitré, très lumineux, que personne ne sait meubler et qui finit en zone de dépôt.

Notre première question n'est donc jamais esthétique. Nous demandons combien de personnes franchissent cette porte chaque jour, ce qu'elles portent dans les mains, et où finissent les chaussures aujourd'hui. La réponse dessine déjà la moitié du projet. Une famille avec trois enfants et deux chiens n'a pas besoin de la même entrée qu'un couple qui reçoit le samedi soir.

Nous mesurons ensuite le passage réel, pas le passage théorique. Une entrée reste agréable tant qu'il reste soixante-dix centimètres de couloir libre après avoir posé le meuble. En dessous, on se frôle, on accroche, et le beau meuble devient un obstacle que l'on déteste au bout d'un mois.

La lumière d'Antibes se capte dès le seuil

La lumière d'ici a une qualité particulière en septembre et en octobre. Elle est encore franche vers midi, puis elle bascule très vite vers le doré en fin de journée, et elle arrive souvent de biais, réfléchie par une façade claire ou par la mer. Une entrée bien pensée l'attrape au lieu de la bloquer.

Quand une porte vitrée existe déjà, nous évitons de la masquer avec un rideau lourd. Un voilage en lin lavé, monté sur une tringle fine et posé haut, laisse passer le jour tout en coupant les regards depuis la rue. Le tissu doit être légèrement plus long que nécessaire pour tomber droit et absorber un peu de son, ce qui compte beaucoup dans une pièce dure et carrelée.

Dans les entrées aveugles, nous travaillons par rebonds. Un mur peint dans un blanc chaud, très légèrement rosé, renvoie beaucoup mieux la lumière artificielle qu'un blanc pur, qui vire au gris dès que le soleil tombe. Une applique orientée vers le plafond, plutôt qu'un plafonnier central, élargit visuellement la pièce et supprime l'effet couloir d'hôtel.

Nous gardons aussi une règle simple pour les températures de lumière. Une entrée reste accueillante autour de deux mille sept cents kelvins, jamais au-delà de trois mille. Au-dessus, la peau paraît terne dans le miroir et l'ensemble prend un air de hall administratif, ce que personne ne souhaite en rentrant chez soi.