Ce que l'entrée raconte avant tout le reste
On passe environ dix secondes dans une entrée. Dix secondes pour poser des clés, retirer un chapeau, respirer un peu. C'est peu et c'est énorme. Pendant ces dix secondes, la maison dit qui elle est. Une entrée encombrée annonce une maison qui court. Une entrée nue et froide annonce une maison qui se protège. Ce que nous cherchons se situe entre les deux, une pièce qui respire et qui garde une trace de vie, un panier posé, une branche d'olivier séchée dans une coupe, une paire d'espadrilles au pied de la console.
À Biot, la contrainte est réelle. Les entrées des maisons de village sont souvent étroites, parfois sans fenêtre, souvent traversées par un escalier. Nous partons toujours de cette contrainte plutôt que de la combattre. Une entrée petite peut être une belle entrée, à condition de lui donner une seule idée forte et de tenir cette idée jusqu'au bout.
La lumière de Biot, et comment la laisser entrer
La lumière de l'arrière-pays cannois n'est pas la même que celle du bord de mer. Elle est plus sèche, plus jaune en fin de matinée, plus rose au soleil couchant. Elle arrive rarement de face dans une entrée de village. Elle arrive de biais, par une porte entrouverte sur une cour, par un jour de souffrance en haut d'un mur, par le reflet des pierres d'en face.
Notre premier geste consiste souvent à trouver cette lumière et à lui ouvrir un chemin. Un miroir posé face à l'embrasure, jamais en vis-à-vis parfait mais légèrement décalé, renvoie le jour vers le fond de la pièce sans créer d'éblouissement. Un rideau de lin non doublé, tendu sur une simple tringle en laiton brossé, adoucit le contre-jour de la porte de cour et laisse passer une lumière laiteuse toute la journée.
Quand aucune ouverture n'existe, nous travaillons avec deux sources basses plutôt qu'un plafonnier. Une petite lampe posée sur la console et une applique orientée vers le mur suffisent. La lumière rasante sur un enduit à la chaux fait apparaître le grain du mur et cela vaut tous les objets décoratifs du monde.
Les murs : chaux, plâtre et teintes de craie
Dans une maison de village, les murs ne sont jamais droits. C'est une chance. Un enduit à la chaux appliqué à la brosse épouse ces défauts et les transforme en matière. Nous restons dans une gamme très courte, blanc de craie, coquille d'œuf, un beige à peine tiré vers l'ocre. Ces teintes gardent la fraîcheur en été et ne se referment pas en hiver.
Si le mur est sain et déjà peint, une peinture minérale mate donne un résultat proche, sans le relief. Ce qui compte est l'absence de brillance. Une entrée qui reflète la lumière de façon dure paraît toujours plus petite qu'elle ne l'est.





